NHL
Brett Hull joueur légendaire de NHL des années 90 : come back.
Un physique de «bon gros» des débuts pro manqués et surtout un nom difficile à porter, rien ne semblait facile au départ pour Brett Hull. Pourtant aujourd’hui, la nouvelle star des St. Louis Blues est définitivement en route vers les sommets de la NHL.
Bobby Hull, son illustre père, n’a jamais été vraiment tendre avec lui. « Quand je le regarde patiner, je n’ai qu’une envie, c’est de lui botter le derrière pour qu’il aille plus vite » aime répéter l’ex-grande star du hockey des années soixante. Ce genre de réflexion ne peut que forger un caractère. De fait, depuis qu’il joue au hockey, Brett Hull n’a jamais semblé être dérangé par les critiques, qu’elles viennent des entraîneurs, du public ou de la presse.
P1ulôt sympa, l’ailier droit des St. Louis Blues est apprécié dans le rugueux milieu du hockey pro américain. Disponible, il passe même à l’antenne de temps en temps sur l’une des meilleures radios FM de St. louis (KSHE-FM) pour discuter des dernières nouveautés avec les disc-jockeys locaux.
Brett n’abandonne pas ce self-control lorsqu’i1 monte sur la glace. Même atomisé par les gros gaillards de la défense, il sait conserver son calme et éviter les bagarres, mais il n’hésite pas à défendre un coéquipier en danger. « Je suis solidaire de mon équipe quoiqu’il arrive et je suis prêt à prendre des coups s’il le faut » dit-il. Car malgré son image de « bon gros » (1,78 m pour 95 kg), il a une volonté de fer qui lui permet d’affronter toutes les difficultés.
C’est cette même volonté qui l’a beaucoup aidé à supporter à 15 ans la séparation, puis le divorce de ses parents, divorce retentissant à cause de la notoriété de son père. Il voit d’ ailleurs un peu plus son père aujourd’hui qu’il ne le voyait pendant les années suivant la séparation de ses parents. Le maintien de cette relation est d’ailleurs une donné nécessaire à son équilibre. Car Brett ressent toujours de l’admiration pour son grand champion de papa. « Je suis fier d’être le fils de Bobby Hull déclare-t-il souvent.
Certes, le fils ne ressemble pas beaucoup au père, leurs caractères et leurs personnalités sont différents. Mais voilà, il y a le hockey. Synonyme de passion entre les deux hommes, mais aussi de pression sur les épaules de Brett. Comment aurait-il pu en être autrement lorsqu’on est le fils de Bobby Hull, une des légendes du hockey américain, comme peuvent l’être Gordie Howe. Guy Lafleur ou aujourd’hui le (déjà) légendaire Wayne Gretzky. «Lorsqu’on joue au hockey et qu’on s’appelle Hull, les gens s’attendent tous à voir un nouveau prodige » raconte Brett qui du supporter sarcasmes et Jalousies dès qu’il eut l’âge d’enfiler des patins. .Quand je jouais en Junior, J’ai tout entendu » dit-il, « Ies gens me répétaient sans cesse que je ne serai jamais aussi bon que mon père. Mais je ne me suis jamais découragé et je pense que dans l’ensemble, le fait de s’appeler Hull a plutôt été un avantage et même parfois une motivation supplémentaire».
Son frère Bart n’a pas fait preuve de la même force de caractère. Après avoir tâté du hockey vers 12 ans, il abandonna très vite. « Lorsque les coaches venaient nous voir alors qu’on était tout gamin, ils se croyaient au Forum de Montréal pour le septième match de la Coupe Stanley. C’était de la folie et je ne sais pas comment fait Brett pour supporter cette ambiance très spéciale» dit Bart.
Dans ce genre de situation, les spécialistes ne ratent évidement pas la moindre occasion de comparer le père et le fils. Gardant son sang-froid, l’ailier des St Louis Blues poursuit sa carrière tranquillement, en ignorant comme il peut les commentaires, les comparaisons, les critiques et surtout la pression.
Une situation d’autant plus difficile à vivre que personne n’a oublié le tonique ailier gauche des Chicago Black Hawks, puis des Winnipeg Jets qui, avec 610 buts marqués dans sa carrière (5ème de tous les temps), est entrée au « Hall of Fame», une sorte de musée du sport américain. « En ce qui me concerne, il n’y a pas de comparaison possible. A mon sens, il est le meilleur. Je ne suis pas de cette trempe-là» insiste Brett. Peut-être, mais sur le papier, les supporters font remarquer qu’il a marqué plus de buts en deux saisons que son père en trois. Broutille que tout cela, répliquent les fans un peu plus âgés qui ne manquent pas de rappeler que la NHL d’aujourd’hui est trop différente de celle des années soixante, notamment pour le nombre d’équipes (6 contre 21), ce qui accroit évidemment les occasions de marquer. Brett est cependant loin d’avoir l’intensité et la rage de vaincre de son père. Hull Senior, en plus, ne rechignait jamais à défendre, alors que Brett donne vraiment l’impression qu’il ne pense qu’à attaquer pour marquer (d’où un « rating» négatif en défense, -17, la saison passée).
Quoiqu’il arrive, il ne veut pas déloger son père de son piédestal et tient absolument à se faire un prénom. « Si un jour j’ai des enfants, je ne veux pas qu’ils disent qu’ils sont les petits-fils de Bobby Hull, mais qu’ils sont les fils de Brett Hull» confie-t-il. En tout cas, les Hull ont encore du chemin à faire (et Brett, des buts à marquer) s’ils veulent égaler le palmarès des Howe (Gordie et Mark) qui restent la combinaison père/fils la plus prolifique de la NHL avec 976 buts (801 pour le seul)
D’accord, Brett Hull n’a ni l’intensité de son père, ni l’élégance de Gretzky ou la vivacité de Lemieux. Mais c’est quelqu’un qui voit clair pendant un match et qui est très opportuniste. Cette lucidité lui a permis de s’affirmer très vite, malgré sa lenteur, notamment dans la British Colombia Hockey League, où il marqua 48 buts la première année et 105 la seconde. Ces chiffres attirèrent très vite l’attention des collèges américains et Brett se retrouva à l’Université de Minnesota-Duluth. Et puis ce fut le passage à l’échelon supérieur, la NHL, le Top, que beaucoup lui avaient conseillé de ne pas espérer. Et pourtant, il est drafté par les Calgary Rames, alors en pleine progression, au sixième tour de la draft 1984, et sa carrière peut alors commencer. Malheureusement, le rêve se brise: très vite et il ne jouera pas un seul match pendant la saison 1985-86 et seulement cinq la saison suivante! Même si Terry Crisp, le coach des Calgary Flames, est conscient du potentiel de Brett mais, il ne pense pas qu’il soit complètement mûr pour la NHL et surtout qu’il puisse s’adapter au rythme du club. La saison suivante, physiquement plus frais, il joue un peu plus et marque même une vingtaine de buts (26). Mais il était dit que cela ne marcherait pas avec les flames, puisqu’en Mars 1988 Brett Hull est transféré à St. Louis en échange de deux joueurs, Ramage (défenseur) et Wamsley (excellent gardien). Le transfert déclencha l’hilarité dans toute la Ligue. En fin de saison 1987-88, il se retrouve donc à St. Louis, une équipe plus que moyenne de la Norris Division. Et après un peu plus de deux ans passés en NHL, il n’a encore rien prouvé.
Mais dès la saison suivante, il est de nouveau motivé et redevient le talentueux junior qu’il était. « Brett est arrivé et du jour au lendemain, il a vraiment très bien joué » dit Greg Millen, le gardien des St. Louis Blues. Et très vite les critiques se taisent quand, avec 84 points (41 buts et 43 assists), il devient le leader de l’équipe. Il représente même les St. Louis Blues au « all Star Game» de 1989 et surtout marque des buts précieux (notamment en prolongation) pendant les playoffs, ce qui permet aux Blues d’aller en finale de leur division.
Même si Brett est toujours considéré comme un piètre défenseur, les spécialistes s’accordent à dire qu’il a trouvé son deuxième souffle à St. Louis, la pression étant trop forte à Calgary et l’environnement peu propice pour qu’il puisse vraiment progresser. Quand il arrive au camp d’entrainement l’été dernier, il est presque méconnaissable tellement il parait frais et dispos. Il a même perdu du poids (6 kilos) et son tir est plus puissant que jamais.
Tout ou presque dans son jeu repose Sur son tir, considéré comme l’un des meilleurs de la ligue. Brett tire d’ailleurs plus souvent que n’importe quel autre joueur en NHL, y compris Bernie Nicholls (LA Kings). .Même quand j’étaîs petit je pouvais tirer très fort dit- il. C’est strictement héréditaire et je n’ai jamais travaillé dessus». Même à l’entrainement sont tir fait peur. Son propre gardien refuse de lui servir de cible et la plupart des gardiens de la ligue le redoutent. « Grâce à son tir, il est dangereux dès qu’il rentre dans la zone neutre» dit Douglas Washington, ancien assistant-coach des Blues.
Après une saison complète à St. Louis, Brett est plus motivé que jamais. Le môme a pris de l’aplomb et déclare vouloir être reconnu pour son propre talent, et non parce qu’il s’appelle Hull. « Je veux que l’on reconnaisse mes qualités de battant et de leader, et je ferai mon possible pour me faire respecter dans cette ligue. Dit-il. « Il est ici pour marquer » dit Brian Sutter, le coach des St. Louis Blues, « c’est son rôle et il marquera une cinquantaine de buts chaque saison. En revanche, je ne sais pas s’il est prêt à passer à l’échelon supérieur, à savoir le plateau des 50-60 buts et plus de 100 points » Brett lui en est certain. Et avec déjà 33 buts (leader de la NHL) et plus de 50 points (et un « rating » positif en défense, s’il vous plaît!) à la moitié de la saison, on ne saurait le contredire.
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